LES ACTUALITÉS D'ICI

mai 30, 2026

La logistique urbaine, facteur de résilience

Dans une métropole comme Montréal, où la diversité des différents secteurs géographiques crée parfois des conflits d’usage de l’espace, comprendre et utiliser la logistique urbaine en tant qu’outil de réflexion pour l’aménagement du territoire est indispensable.

En fait, la grande question est de savoir si Montréal peut encore planifier une ville productive et à quelles conditions.

Trop souvent, la transformation des espaces industriels en zones mixtes ou résidentielles est perçue comme un progrès en soi, sans que soient pleinement considérées les répercussions sur les fonctions productives de la ville.

Ce clivage entre les aménagements de nature résidentielle et les besoins du secteur des affaires est particulièrement prégnant dans le nord-ouest de Montréal, selon la Société de développement commercial (SDC) du quartier District Central, situé dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville.

Rappelons que le quartier District Central, désigné comme zone d’innovation métropolitaine (ZIM) par les instances municipales, est l’un des derniers pôles manufacturiers centraux de Montréal et qu’il concentre des contraintes réelles (pression foncière, cohabitation des usages, congestion) induites par la mixité de ses vocations.
On y compte environ 2 100 entreprises et plus de 25 000 emplois, au sein d’un cadre bâti largement industriel, dont le fonctionnement repose sur une logistique quotidienne structurante, souvent invisible et qu’il serait judicieux de mieux prendre en compte.

Photo: Branden Desormeau : Quai de déchargement sur la rue Meilleur, dans le District Central. Une infrastructure logistique essentielle au fonctionnement quotidien des entreprises manufacturières en milieu urbain.

La logistique urbaine comme levier de résilience économique

La logistique urbaine regroupe l’ensemble des activités nécessaires à l’approvisionnement de la ville : l’entreposage, la circulation des marchandises, les livraisons et les infrastructures, souvent discrètes, qui permettent à la production locale et à la vie quotidienne de fonctionner.

Une logistique intégrée — c’est-à-dire pensée en cohérence avec l’aménagement du territoire, les réseaux de transport et les besoins des entreprises — permet de sécuriser les chaînes d’approvisionnement et de renforcer la compétitivité des acteurs locaux.

Les entreprises qui bénéficient d’une proximité logistique avec leurs fournisseurs et leurs clients réduisent leurs coûts de transport, leurs délais de livraison, leur exposition aux aléas externes et leur empreinte environnementale.

À l’échelle d’un territoire, une logistique performante agit donc comme un multiplicateur économique : elle soutient l’activité des PME, facilite l’innovation et attire de nouveaux investissements.
« Pour une entreprise comme la nôtre, la logistique n’est pas un enjeu abstrait : c’est ce qui permet de maintenir une production locale agile et un véritable écosystème de commerces de proximité. La proximité des fournisseurs, des axes de transport et des espaces adaptés réduit nos délais d’approvisionnement, facilite les collaborations locales et soutient directement notre capacité à fabriquer ici, à Montréal », observe Eugénie Lévis, coordonnatrice exécutive chez Matelas Sélection.

Par ailleurs, la logistique urbaine joue un rôle clé dans la continuité des services essentiels à la population. Que ce soit pour l’approvisionnement alimentaire, les matériaux de construction ou les biens de consommation, la fluidité des flux logistiques conditionne le bon fonctionnement de la ville.

L’impact des choix d’aménagement sur la capacité logistique

La densification urbaine et la nécessité de minimiser l’empreinte environnementale des citadins, notamment en privilégiant des modes de transport actifs, sont aussi essentielles qu’elles tendent à amplifier les conflits d’usage.

Dans un quartier à dominante productive comme le District Central, où s’ajoutent progressivement des fonctions résidentielles, les activités logistiques — quais de chargement, circulation de camions, horaires étendus — cohabitent parfois difficilement avec ces nouveaux usages.

Cette friction mène souvent à des restrictions réglementaires ou à des pressions foncières qui réduisent progressivement la présence d’infrastructures logistiques en milieu urbain. À terme, cela fragilise la capacité des entreprises à opérer efficacement à proximité de leurs marchés.

De plus, la requalification des terrains industriels entraîne une raréfaction des espaces adaptés aux activités productives. Les bâtiments logistiques requièrent des caractéristiques spécifiques — hauteurs libres, accès routiers, surfaces continues — difficilement compatibles avec les standards immobiliers résidentiels ou tertiaires.

En négligeant ces contraintes, les décisions d’aménagement peuvent induire une perte irréversible de capacité logistique locale. Ainsi, la planification urbaine doit intégrer en amont les besoins opérationnels de la logistique, afin d’éviter de compromettre la fonctionnalité économique des territoires.

Comme l’indique Hélène Veilleux, directrice générale de la SDC District Central, « pour réussir la cohabitation entre milieux de vie et espaces productifs, une planification globale s’impose. Cela passe par une logistique urbaine pensée dès le départ, une mobilité adaptée aux réalités industrielles, et des espaces publics conçus avec les citoyens. Autrement, on risque de fragiliser un équilibre déjà délicat entre production et transformation ».

Photo: SDC District Central – Manufacture de Matelas Sélection, rue de Port Royal Ouest, dans le District Central. La production locale en milieu urbain, rendue possible par la proximité des infrastructures, des fournisseurs et des réseaux de transport.

Les risques d’une planification déficiente

Une planification urbaine qui néglige les enjeux logistiques expose le territoire à des risques systémiques, tel l’éloignement progressif des activités productives vers les périphéries, voire hors des régions métropolitaines, avec des conséquences directes sur les coûts, les délais et les émissions de gaz à effet de serre.

Ce constat met en lumière un paradoxe : alors que les politiques publiques valorisent la densification, la production locale et la réduction de l’empreinte carbone, les infrastructures logistiques nécessaires pour atteindre ces objectifs demeurent largement absentes des choix d’aménagement.

Carolyn Kelly Dorais, chargée de projets en design urbain et planification urbaine chez Zaraté + Lavigne Architectes et membre du conseil d’administration de la SDC District Central, a procédé à une analyse minutieuse des différentes propositions stratégiques d’aménagement, dont Le Plan d’action en logistique urbaine 2025-2027 de la Ville de Montréal.

Dans l’ensemble des documents étudiés, elle a notamment relevé une non-concordance entre les intentions et les actions préconisées à l’intérieur d’un quartier industriel à vocation extensive. « Quand, d’un côté, on affirme vouloir préserver le patrimoine industriel d’un secteur et sa mixité et que, de l’autre, on parle de restreindre radicalement une activité essentielle au maintien du tissu économique comme le camionnage lourd, cela soulève inévitablement des incohérences. Pour adhérer au changement, les acteurs ont besoin de comprendre la logique des actions posées », indique-t-elle.

Enfin, une planification déficiente limite la capacité des pouvoirs publics à intervenir efficacement. Sans réserves foncières adaptées ni cadres réglementaires favorables, il devient complexe de réintroduire des fonctions logistiques dans des zones où elles ont été évincées. La ville perd alors en flexibilité et en capacité à s’adapter face aux transformations de l’économie.
Reconnaître la logistique urbaine comme une composante essentielle de l’aménagement, c’est poser les bases d’un développement équilibré, capable de répondre aux défis économiques, sociaux et environnementaux du XXIe siècle.

Depuis 2016, la Société de développement commercial (SDC) District Central a pour mission de redonner un nouveau souffle à un quartier légendaire pour le faire rayonner et le propulser au sommet de la scène économique montréalaise. Elle regroupe plus de 2 100 entreprises et industriels générant plus de 25 000 emplois dans le secteur du design, de la manufacture urbaine et de la technologie.

 

Source : Le Devoir – commandité
Cet article est une adaptation d’un texte original rédigé par Manon Limoges et publié dans Le Devoir
Lire l’article original >>

Appel d’offres – Chargé(e) de recensement des entreprises – Mandat contractuel

10/09/2026

Quartier District Central – Secteurs Acadie & Saint-Laurent Contexte du mandat La SDC District Central et PME MTL Centre-Ouest souhaitent réaliser cet automne un recensement partiel des entreprises situées sur…

Read More

District Central : réinventer un territoire productif à l’échelle humaine

10/02/2026

Le secteur Chabanel possède quelque chose d’assez rare à Montréal : de grands bâtiments manufacturiers aux structures robustes, des superficies importantes consacrées au stationnement et une bonne desserte en transport…

Read More

Retour sur l’AGB 2027 – Faits saillants et perspectives

09/30/2026

Le 23 septembre dernier, la SDC District Central tenait son Assemblée générale du budget (AGB), un rendez-vous annuel important pour la communauté d’affaires. L’occasion de revenir sur les actions réalisées…

Read More
S'INSCRIRE À L'INFOLETTRE
Sending