Portrait d’une famille du District central: Les Carbone

Rue du Marché Central, je consomme un moment convivial durant lequel mon interlocutrice, Tilda Carbone, directrice service et développement de la clientèle chez Desjardins Montréal Marché Central, brosse le portrait de ce quartier qui lui est cher. Devant son thé, la jeune femme me fait part des attraits de Chabanel en me livrant une version personnelle de son adolescence et du parcours professionnel de son papa depuis les années 1960s.

 

Ses anecdotes donnent une coloration intéressante à notre discussion qui commence par l’évocation de l’ambiance qu’il régnait jadis devant les boutiques du « Quartier de la Guenille ». Tandis que Tilda apportait son coup main pendant les fins de semaine, celle-ci se remémore des longues lignes de personnes qui attendaient dehors avant de se ruer sur le linge à prix cassé.

 

Après quelques années vécues à Laval, Tilda est revenue sur ses pas, proche de sa famille et de son travail en choisissant même de placer son fils dans l’école John Caboto Academy, celle qu’elle fréquentait à l’époque. Emménager dans ce quartier agréable et sécuritaire semblait une évidence: « c’est comme un retour aux sources » affirme-t-elle.

 

À deux pas de son travail, sur la rue Saint-Urbain, son papa, Giuseppe Carbone nous présente fièrement son jardin dans lequel il y consacre une énergie indétrônable. Devant nos yeux, un éden de laitues et de tomates, fraîchement sorties de la terre. En rembobinant son histoire, on se rend compte que le patriarche de la famille est arrivé de loin pour bâtir son destin, depuis son village natal de Rocca D’Evandro (Province de Caserte – Italie) à 6700 km de Montréal.

 

 

Suite à trois ans de service militaire obligatoire, le jeune Giuseppe prend congé d’un chapitre de sa vie pour célébrer ses noces canadiennes avec Elena, la maman de Tilda. Avant de se mettre à son compte, il commence par travailler dans les manufactures en apprenant les rudiments du métier de service de coupe: découpe des patrons, emballage et couture des pièces de tissu. Au milieu des années 90, la levée des quotas d’importation du textile sonne le glas de La Cité de la Mode. Grâce à ses collaborateurs fidèles, Giuseppe continuera à faire tourner sa compagnie malgré un ralentissement économique notoire.

 

Quelles que soient leurs tailles, les entreprises du quartier désirent toujours maintenir le processus manufacturier au niveau local. Maintenant à la retraite, ce passionné de travail partage son emploi du temps entre son ancienne affaire, reprise par son fils, l’horticulture, les repas familiaux et les activités divertissantes développées avec la communauté italienne de Montréal.

 

Toujours empreint de ses racines méditerranéennes, il est actuellement le vice-président du Club de quilles de l’Associazone Famiglie di Rocca D’Evandro, fondée en 1985. À l’année longue, l’association italienne tient un agenda très chargé pour ses membres constitués de compatriotes venus de cette même commune.

Comme en témoignent les trophées alignés sur l’étagère, Giuseppe Carbone joue également au Bocce, une variante italienne du jeu de boules, et ce, à l’année longue.

La première génération de Carbone a découvert le Boulevard Saint-Laurent et le quartier Chabanel au temps où les ouvrières filaient le coton dans les ateliers. C’est au tour de la relève de faire rayonner les artères du District Central qui renaissent de leurs cendres grâce à un nouveau cru montréalais dont Tilda fait partie intégrante.

 

 

À propos de l’auteure

Installée au Québec depuis 2012, Diane Martin-Graser a trouvé le meilleur moyen d’apprécier le patrimoine montréalais à travers la rédaction d’articles thématiques. Passionnée par la photographie dès ses 16 ans, celle-ci s’exerce d’abord sur de la pellicule argentique qu’elle développe en chambre noire lors de son passage à Lille. Depuis ce temps, son cheval de bataille demeure les perspectives urbaines et sociales ancrées dans une composition très contrastée. Également collaboratrice pour le blogue Une Parisienne à Montréal et la 5ème édition de Printemps Numérique, Diane souhaite faire découvrir sans objection l’atmosphère singulière de la création montréalaise en suggérant un regard authentique et original.